Pascal Sevran ne sera jamais tout à fait mort :
Pascal Sevran nous a enchanté, en chanson, pendant de nombreuses années et les
programmes de télévision paraissaient inconcevables ou vides sans sa présence, tout comme celle de Jacques Martin. Nos émotions ont été cultivées par des bonds vers notre insouciant passé emprunt
de belles
Ses souffrances du cœur, de l’âme et du corps, c’est un peu comme si nous les vivions
avec lui à travers ses ouvrages, toutes proportions gardées. Qu’on apprécie ou pas Pascal Sevran, il faut au moins lui reconnaître cette honnêteté intellectuelle qui faisait sa particularité dans
un langage ou des écrits assez colorés, mais sans langue de bois puisqu’il n’hésitait jamais, que cela plaise ou non, à appeler un chat par son véritable nom.
Provocateur et scandaleux pour certains, lucide et intrépide pour d’autres, les avis
étaient partagés sur Pascal Sevran et ses petites phrases justes, mais parfois assassines, qui n’étaient que le reflet de ce que nous pensons véritablement au fond de nous même, sans avoir son
courage pour le dire, alors nous le laissions parler à notre place en le jugeant, si besoin était, avec la foule de ses détracteurs.
Il est facile de bêler avec le troupeau, par peur du jugement de nos semblables mais
il plus difficile de se démarquer d’un ensemble qui se prétend parfait, surtout dans ce monde hypocrite où toutes les pensées doivent se ressembler pour constituer la grande armée des clones bien
disciplinés, avec des petits soldats conditionnés qui vont tous dans le même sens parce que leurs cerveaux ont été lavés puis reprogrammés pour pouvoir rentrer dans le moule de la perfection dite
majoritaire. Le clonage des consciences a déjà commencé. Devant cette infamie collective Pascal Sevran, qui était indiscipliné par excellence, réagit pour nous dire qu’on se fait endormir par un
grand n’importe quoi et qu’il faudrait mieux essayer de penser par nous-mêmes. Ne prenons rien pour argent comptant surtout sans discuter, analyser, décortiquer et
comprendre.
Ce que nous disons est-il vraiment l’expression de notre pensée profonde, est-ce que
nous sommes en accord avec le fait de penser, de dire et de faire sans nous trahir, pourra-t-on se regarder dans la glace sans baisser les yeux sur notre face de poltron? On répète souvent
bêtement ce que l’on entend, sans chercher à se faire une opinion propre, pour tenter de ressembler au plus grand nombre et rester dans le politiquement acceptable. Pascal Sevran ne supportait
pas ce soleil surfait, qui brille en toute impunité, préférant la vraie neige et le vent glacial de la révolte intellectuelle. Il est donc mort en homme libre d’exprimer ce qu’il avait à dire.
C’est cela être soi et ne ressembler à personne d’autre qu’à nous-même, c’est ainsi qu’on affirme sa propre personnalité, n’en déplaise aux autres !
Il faut simplement accepter l’idée de ne pas toujours plaire, tout en restant
authentique et cela devient une denrée rare de nos jours ! Pascal Sevran avait le don de cultiver le passé, tout en se projetant dans l’avenir et en vivant le présent auquel il ne croyait plus et
tout en se sachant perdu. Ce n’était pas un constat d’échec, mais la dure réalité de la vie. Telles les “ Mémoires d’outre-tombe ” de François-René de Chateaubriand, Pascal Sevran nous laisse son
dernier message posthume dans son livre au titre évocateur sorti en janvier 2009 chez Albin Michel “ Les petits bals perdus ”. Une sorte de témoignage parfaitement lucide sur notre monde en
ébullition et qui va beaucoup trop vite, ce qui a parfois pour effet de nous couper des vraies valeurs. A lire ce dernier livre de Pascal Sevran on a du mal à assimiler le fait de sa disparition
et on se dit, aux détours des pages, qu’il doit bien vivre encore quelque part pour nous livrer ses lignes car il faut être vivant pour écrire de la sorte, tout en sachant que le
dernier tome de son journal a été rédigé peu de temps avant sa mort.
Pascal reste digne jusqu’au bout, face à son lecteur et à ce mal qui le ronge un peu
plus chaque jour qui passe. Il ne se plaint pas. Tout a basculé le jour de la mort de Stéphane et on assiste, dans tous les livres de Sevran, à son agonie
programmée si on lit bien entre les lignes. Son enfer terrestre a été la mort de son compagnon tant aimé, tout le reste n’est pas important ! Voici donc le 9ème ouvrage de celui qui est mort un 9
(mai 2008).
“ Non je ne me
souviens plus du nom du bal perdu ” chantait Bourvil.
Le nom du bal perdu est certainement celui de Pascal Sevran. Je lui ai parfois écrit
et il m’a toujours répondu de Morterolles, je connais donc la vraie valeur des mots de mon cher ami Jean-Claude Jouhaud dit Pascal Sevran. La vie sans lui manque de piquant !
Philippe CHAUVEAU-BEAUBATON