
Imprudent par principe, je le regardais s'élancer sous la pluie avec la certitude de
passer entre les gouttes. Il n'y parvenait pas mais je l'aimais ainsi : trempé de la tête aux pieds, nu devant la cheminée, offert au feu et à ma bouche. Stéphane était disponible au bonheur. Il
était là tendu vers moi sans autre désir que moi. Il est là qui se faufile entre les placards que je bouscule et les lits que je prépare pour nous. Il tourne autour des objets, des tableaux, des
bougies, des rideaux que nous avions disposés ensemble, je les frôle, je les déplace un peu, je les range pour les ressortir aussitôt, j'hésite encore et puis je fonce sur l'un ou l'autre et sans
plus réfléchir, je les jette ou je les donne. Bien peu échappent à mon impatience de tout défaire. Si je m'abandonnais à l'allégresse qui m'habite, je casserais la vaisselle, les vases bleus, et
les armoires à pharmacie.
Des lendemains de fêtes de Pascal Sevran.