Samedi 21 novembre 2009
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Il m'étonnerait que je trouve le courage de relire celles de Stéphane. " Le souvenir
du bonheur ce n'est plus le bonheur, le souvenir de la douleur c'est la douleur encore. " Le feu fera l'affaire. Une à une je brûlerai les lettres d'amour de Stéphane dans la cheminée du salon
qu'il allumait pour nous. Ce geste-là, je n'en ferai pas un drame, ni même une cérémonie, une allumette suffira. Stéphane a tant aimé le feu.
Il y a les lettres que je déchire sitôt lues, celles que je classe précautionneusement, leurs signatures m'obligent ; et puis les autres, toutes les autres que je mets de coté en vrac dans une
boîte de cuir marron posée à la gauche de mon bureau. Quelquechose qui relève de la piété, me retient de m'en débarrasser brutalement. Tant de ferveur, d'aveux me laissent ému et souvent
désemparé. Qui m'aimera encore assez dans cinquante ans pour recevoir à ma place la tendresse, l'affection d'hommes et de femmes aussi perdus que moi ?
Je ne veux pas qu'on fouille là-dedans un jour. Je viens de déposer un millier de ces
lettres au chalet de bois rouge, près du tennis, en attendant le feu que je sens venir au bout de mes doigts. Entasser, entasser des trésors et des babioles, du papier, des tonnes de papier "
pour plus tard, quand on sera vieux ", funeste projet ! Il faut jeter au contraire, jeter ces mots d'amour. Nos héritiers ne savent pas lire. Jeter est un mouvement de jeunesse, un geste
d'espoir. Quand on jette, on attend d'autres lettres.
Il peut, embrasse-moi de Pascal Sevran.