
Tous ces noms inutiles sur nos agendas, que de prénoms oubliés... combien d'inconnus
à l'adresse indiquée, au numéro de téléphone il n'y a plus d'abonné.
Les gens de nos vies déménagent tout le temps, ils n'ont que ça à faire, changer de rue, de département, de pays. Ils bougent pour bouger et sortent de nos vies sans nous en demander la
permission. Ils ne savent pas se tenir tranquilles, on ne retient pas ses amis dans un carnet d'adresses, certains meurent, laissant la place à d'autres qui mourront aussi ou disparaîtront.
J'écris leurs noms au crayon noir par précaution, non pas parce qu'ils vont mourir mais parce qu'ils ne nous aimeront plus très bientôt. Je ne me décide pas de gaieté de coeur à faire du ménage
dans les souvenirs que ces noms et ces prénoms me renvoient, chaque fois que j'ouvre l'agenda de cuir noir où ils dorment, certains depuis lontemps. Une gomme suffit, elle est là dans le tiroir
de droite de mon bureau. Je suis effaré ce matin par tout ce ménage qui s'impose si je veux me désencombrer des fantômes.
Les petits bals perdus de Pascal Sevran.