
Deux de mes jardiniers se sont désignés pour aller à Saint-Pardoux une matinée par
semaine, "arranger" la tombe de Stéphane. Il y a de la combine dans leur démarche, mais de l'affection aussi. Ils l'aimaient bien, le respectaient. Stéphane ne comptait pas pour rien, chacun le
savait. Il a passé seul ici l'automne et l'hiver 94, les dames du village l'emmenaient à la Foire aux Airelles, on le voyait au volant de sa jeep blanche faire le tour du propriétaire, il dînait
chez mes parents parfois, mais il rentrait toujours dormir à la maison.
Lui n'avait besoin de personne pour le garder, il guettait mon retour en plantant des tulipes pour le prochain printemps.
-Je crois bien que je vais rester vivre ici...
Nulle part ailleurs, il n'aura été heureux comme à Morterolles.
La vie sans lui de Pascal Sevran.

